Résolution de problèmes

AMDEC

En anglais : FMEA — Failure Mode and Effects Analysis

L’AMDEC recense méthodiquement les modes de défaillance possibles d’un produit ou d’un processus, évalue leur gravité, leur fréquence et leur détectabilité, et hiérarchise les actions à mener avant que la défaillance ne survienne.

Ce que c’est

AMDEC signifie « analyse des modes de défaillance, de leurs effets et de leur criticité ». C’est une démarche préventive : on l’applique avant la production, pour traiter les risques sur le papier plutôt que sur le terrain.

Chaque ligne suit la même chaîne : mode de défaillance, effet pour le client, cause, contrôle en place. Le raisonnement n’a d’intérêt que s’il descend jusqu’à l’effet perçu — « la cote est hors tolérance » n’est pas un effet, « la pièce ne se monte pas chez le client » en est un.

Coter le risque, et ses limites

Trois notes de 1 à 10 : gravité de l’effet, occurrence de la cause, détection — cette dernière étant inversée, puisqu’une note élevée signifie qu’on détecte mal. Leur produit donne l’indice de priorité de risque (IPR, ou RPN en anglais), compris entre 1 et 1000.

L’IPR a un défaut connu et rarement dit : deux lignes de même produit peuvent décrire des situations sans rapport. Une gravité de 10 assortie d’une occurrence de 2 et d’une détection de 5 donne 100, exactement comme une gravité de 4, une occurrence de 5 et une détection de 5 — alors que la première met en jeu la sécurité et pas la seconde. D’où le remplacement de l’IPR, dans le référentiel commun AIAG-VDA de 2019, par une priorité d’action hiérarchisée qui regarde d’abord la gravité.

La conséquence pratique tient en une phrase : une gravité élevée se traite quelle que soit la valeur du produit des trois notes.

À quoi ça sert, et quand la lancer

Une AMDEC sert à dépenser de l’argent au bon endroit avant de savoir où le problème va tomber. Sa valeur se mesure à ce qu’elle empêche, donc à ce qui n’apparaîtra jamais dans un indicateur — d’où son statut de première victime des plannings serrés.

Le moment de la lancer est déterminé par ce qu’on peut encore changer. Une AMDEC produit conduite sur une conception figée ne peut plus proposer que des contrôles ; une AMDEC processus conduite après l’installation de la ligne, que des retouches de gamme. Menée assez tôt, la même analyse débouche sur une modification de conception ou un détrompeur intégré au moyen — les seules actions qui suppriment le mode de défaillance au lieu de le surveiller.

Quatre déclencheurs habituels : un nouveau produit, un nouveau procédé ou moyen, un transfert vers un autre site, et une réclamation client majeure. Le dernier est le plus instructif : il révèle presque toujours une ligne absente du tableau, ou une occurrence notée bien en dessous de la réalité. Précision utile enfin, l’AMDEC ne hiérarchise pas des causes constatées : c’est le rôle du Pareto et de l’Ishikawa.

Quatre lignes d’un tableau, et ce que le tri en fait

AMDEC processus sur un poste d’assemblage. Quatre lignes parmi plusieurs dizaines, avec leurs notes de gravité (G), d’occurrence (O) et de détection (D), et l’IPR qui en résulte.

Joint d’étanchéité mal positionné, effet : fuite constatée chez le client. G = 9, O = 2, D = 5, soit un IPR de 90.

Référence de vis erronée, effet : tenue mécanique insuffisante. G = 8, O = 3, D = 7, soit un IPR de 168.

Rayure sur face visible, effet : retour esthétique. G = 4, O = 7, D = 4, soit un IPR de 112.

Couple de serrage hors plage, effet : desserrage en service. G = 7, O = 4, D = 6, soit un IPR de 168.

Trié par IPR décroissant, le tableau propose la vis et le couple de serrage à 168, puis la rayure à 112, et enfin le joint d’étanchéité à 90 : la ligne la plus grave arrive en dernier, derrière un défaut d’aspect. Ce n’est pas une anomalie, c’est le comportement normal d’un produit de trois notes, où une occurrence faible suffit à faire descendre une gravité élevée.

Relu en commençant par la gravité, l’ordre s’inverse — joint, vis, couple de serrage, rayure. C’est la logique de priorité d’action du référentiel commun AIAG-VDA de 2019, et elle donne ici un plan de travail entièrement différent.

Le tableau désigne aussi le levier. La rayure a une occurrence de 7 : c’est la fréquence qu’il faut traiter. La vis a une détection de 7, donc un contrôle qui ne voit pas grand-chose. Le joint porte une gravité de 9 qui ne bougera pas — une gravité ne se réduit que par une modification de conception, jamais par un contrôle supplémentaire. L’action possible y porte sur la détection : un détrompeur ramène D de 5 à 2, et l’IPR de 90 à 36. La gravité, elle, reste à 9 pour toute la vie du produit.

Les erreurs fréquentes

Faire l’AMDEC pour le dossier, une fois, et ne plus jamais l’ouvrir. C’est un document vivant : chaque incident constaté en production devrait s’y retrouver — parce qu’il y figurait avec une occurrence sous-estimée, ou parce qu’il n’y figurait pas du tout. Une AMDEC qui n’a pas bougé depuis le lancement du produit décrit ce qu’on craignait il y a trois ans, pas ce qui arrive aujourd’hui.

La remplir en salle, entre le responsable qualité et le chef de projet. Le régleur sait quel mode de défaillance revient tous les lundis matin, le monteur sait quelle pièce peut se poser à l’envers, la maintenance sait ce qui casse. Sans eux, on obtient un tableau bien tenu qui recense les défaillances auxquelles la salle a pensé — et les défaillances réelles y sont rarement.

Noter la détection en pensant au contrôle final plutôt qu’au contrôle du poste. Un défaut vu trois opérations plus loin a déjà consommé de la matière et du temps, et il est parfois devenu indétectable une fois le sous-ensemble refermé. La note porte sur le contrôle en place là où le défaut apparaît, pas sur l’espoir qu’il soit vu plus tard.

Sur le terrain — Sous-traitance automobile

Sur un nouveau montage, la ligne la mieux notée à l’IPR portait sur un défaut d’aspect. Une ligne à l’IPR trois fois plus faible portait sur une gravité de 9 — un risque d’étanchéité. C’est celle-là qu’il fallait traiter en premier, et l’ordre de tri du tableau la reléguait en douzième position.

Les autres outils illustrés par ce métier : automobile.

Questions fréquentes

Que signifie AMDEC ?

AMDEC est l’acronyme d’« analyse des modes de défaillance, de leurs effets et de leur criticité ». L’équivalent anglais est FMEA, pour Failure Mode and Effects Analysis ; la variante incluant explicitement la criticité s’écrit FMECA. On distingue l’AMDEC produit, qui porte sur la conception, l’AMDEC processus, sur la fabrication, et l’AMDEC moyen, sur la fiabilité d’un équipement.

Comment calcule-t-on l’IPR d’une AMDEC ?

On multiplie les trois notes : gravité × occurrence × détection, chacune cotée de 1 à 10, ce qui donne un indice compris entre 1 et 1000. La note de détection est inversée par rapport à l’intuition : 10 signifie qu’on ne détecte pratiquement pas le défaut, 1 qu’on le détecte à coup sûr. En anglais, l’IPR s’appelle RPN, pour Risk Priority Number.

À partir de quel IPR faut-il agir ?

Il n’existe pas de seuil universel, et les valeurs de 100 ou 120 qui circulent sont des conventions d’entreprise, parfois inscrites au cahier des charges client. Se fier à un seuil unique est d’ailleurs le principal défaut de l’IPR, puisque deux situations sans rapport peuvent donner le même produit. La pratique recommandée aujourd’hui regarde d’abord la gravité : une gravité élevée se traite quel que soit l’IPR.

Faire le calcul

Quand le contrôle en place est un prélèvement par échantillonnage, coter honnêtement la détection suppose de savoir ce que ce plan laisse réellement passer. Pour le vérifier, ouvrez le calculateur de plan d’échantillonnage AQL, sur le site de Kernel Ops, l’éditeur de beltup.

Terme normalisé

CEI 60812 — Analyse des modes de défaillance et de leurs effets (AMDE et AMDEC)

La définition faisant foi figure dans cette norme. La présente fiche est une explication rédigée par nos soins : elle n’en reproduit pas le texte et ne s’y substitue pas.

Voir aussi

S’entraîner sur ce thème

Le parcours Six Sigma Green Belt comporte des questions sur ce sujet. Il fait partie de l’accès complet.

Voir le parcours