Résolution de problèmes

Les cinq pourquoi

En anglais : Five whys

Les cinq pourquoi consistent à remonter d'un problème constaté jusqu'à une cause sur laquelle on peut agir, en demandant à chaque étape pourquoi l'étape précédente s'est produite.

Le principe, et ce que le chiffre cinq veut dire

On part d'un fait précis, on demande pourquoi il s'est produit, puis on pose la même question à la réponse obtenue, et ainsi de suite. L'intérêt n'est pas dans la question — un enfant de quatre ans la pose mieux que nous — mais dans l'obligation de ne pas s'arrêter à la première explication satisfaisante.

Le nombre cinq n'a rien d'une règle. Il indique un ordre de grandeur : en dessous de trois niveaux, on reste presque toujours sur des symptômes ; au-delà de six ou sept, on quitte généralement le périmètre sur lequel on peut agir pour arriver à des considérations générales sur l'organisation ou le marché.

Le bon critère d'arrêt n'est pas le compte des niveaux, c'est la nature de la réponse : on s'arrête quand on tient une cause dont la suppression empêcherait le problème de revenir, et qui relève de quelqu'un d'identifiable. Tout ce qui vient après appartient à un autre problème.

Ce qui distingue un enchaînement valide

Chaque niveau doit se lire à l'envers sans effort : si la cause avancée avait été absente, l'effet du niveau supérieur n'aurait pas eu lieu. Ce test de relecture inversée élimine la plupart des chaînes complaisantes, celles où l'on a glissé d'un lien de causalité à une simple succession chronologique.

Chaque niveau doit aussi être vérifiable. Une chaîne construite en salle de réunion est une hypothèse, et elle se contrôle sur le terrain — en regardant le poste, en lisant l'enregistrement, en interrogeant celui qui était présent. Une chaîne plausible et fausse a exactement la même apparence qu'une chaîne juste.

Enfin, une réponse qui met en cause une personne signale presque toujours un niveau sauté. « L'opérateur s'est trompé » n'est pas une cause : c'est l'endroit où il faut demander pourquoi l'erreur était possible, et pourquoi rien ne l'a arrêtée avant qu'elle produise ses effets.

Quand l’employer, et quand passer à autre chose

L'outil convient aux problèmes ponctuels, bien délimités, où l'on soupçonne une chaîne causale unique : un arrêt de ligne, un dossier perdu, une livraison manquée. Il est rapide, ne demande aucun préalable, et se pratique debout devant l'endroit où le problème est survenu.

Il devient inadapté dès que plusieurs causes concourent au même effet, ou que le problème se manifeste de façon dispersée. Une remontée en ligne unique donnera alors une cause réelle mais partielle, et l'action qui en découle ne fera baisser le phénomène que d'une fraction — un résultat décevant qu'on attribuera à tort à une mauvaise mise en œuvre.

Dans ce cas, l'ouverture en éventail d'un diagramme causes-effets ou la hiérarchisation par un Pareto conviennent mieux. Les deux approches se combinent d'ailleurs bien : le Pareto désigne la catégorie qui pèse le plus, la remontée par pourquoi successifs creuse à l'intérieur de cette catégorie.

Les erreurs fréquentes

Descendre jusqu'à une cause hors de portée. « Parce que le marché exige des délais courts » clôt la discussion sans rien permettre. Il fallait s'arrêter un ou deux niveaux plus tôt, là où quelqu'un pouvait agir.

Accepter la première chaîne proposée. Il existe presque toujours plusieurs remontées possibles, et celle qui vient en premier est celle qui arrange le groupe présent. Faire proposer deux chaînes distinctes avant de choisir coûte cinq minutes et change souvent la conclusion.

Confondre l'ordre chronologique et la causalité. Ce qui s'est passé avant n'est pas nécessairement ce qui a causé, et l'enchaînement paraît d'autant plus convaincant qu'il raconte une histoire cohérente.

Sur le terrain — Maintenance industrielle

Un arrêt machine attribué à une pièce d'usure a donné, en remontant, une lubrification non effectuée, puis une gamme de maintenance qui ne la mentionnait pas, puis une reprise de gamme faite lors d'un changement d'équipement sans relecture par la maintenance. L'action utile portait sur la procédure de mise à jour des gammes, à quatre niveaux du symptôme constaté.

Questions fréquentes

Faut-il vraiment poser la question cinq fois ?

Non, le chiffre est indicatif. Certains problèmes livrent une cause actionnable au bout de trois questions, d'autres en demandent sept. S'imposer exactement cinq niveaux conduit soit à s'arrêter trop tôt, soit à ajouter des étages artificiels pour atteindre le compte, ce qui affaiblit la chaîne au lieu de la renforcer.

Que faire quand plusieurs réponses sont possibles à un même pourquoi ?

C'est le signe que l'outil atteint sa limite et qu'il faut passer à une représentation qui accepte les branches, comme un diagramme causes-effets. Choisir arbitrairement l'une des réponses et poursuivre donne une chaîne cohérente mais partielle, et l'action qui en découlera ne traitera qu'une partie du phénomène.

Peut-on mener des cinq pourquoi seul ?

C'est possible pour dégrossir, mais la qualité du résultat dépend de la présence de ceux qui connaissent le déroulement réel. Seul, on construit la chaîne avec ses propres représentations, et l'on s'arrête là où l'on cesse de savoir — c'est-à-dire souvent juste avant le niveau intéressant.

Comment vérifier qu’une cause identifiée est la bonne ?

En vérifiant chaque lien plutôt que la conclusion. Pour chaque niveau, on cherche une trace : un enregistrement, une observation, un témoignage direct. Une chaîne dont tous les maillons sont constatés vaut une preuve ; une chaîne dont on ne vérifie que le dernier maillon peut être entièrement fausse tout en désignant une cause qui existe réellement.

Voir aussi

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