Mesure et indicateurs

MSA — analyse du système de mesure

En anglais : MSA — measurement system analysis

L'analyse du système de mesure vérifie que l'instrument et la méthode sont assez fiables pour que les données servent à décider. Sans elle, toute analyse repose sur des chiffres dont on ignore la qualité.

Ce qu’on mesure quand on mesure

Toute valeur relevée mélange deux choses : la variation réelle de la pièce, et la variation introduite par le système de mesure lui-même. Si la seconde est du même ordre que la première, les données décrivent l'instrument autant que le procédé.

La variation de mesure se décompose en deux parts. La répétabilité est la dispersion obtenue quand la même personne mesure la même pièce plusieurs fois — c'est l'instrument. La reproductibilité est l'écart entre plusieurs personnes mesurant les mêmes pièces — c'est la méthode, la formation, l'interprétation.

L'étude qui les sépare est appelée R&R. Elle demande typiquement une dizaine de pièces couvrant la plage réelle, deux ou trois opérateurs, et deux ou trois mesures par pièce et par opérateur — les pièces étant présentées dans un ordre mélangé pour que personne ne se souvienne de sa valeur précédente.

Les autres propriétés d’un système de mesure

La justesse est l'écart entre la moyenne des mesures et la valeur vraie d'un étalon. Un instrument peut être très répétable et systématiquement décalé : il donne toujours la même réponse, et elle est fausse.

La linéarité est la constance de cette justesse sur toute la plage : un instrument juste au milieu de son domaine peut dériver aux extrémités.

La stabilité est sa constance dans le temps, ce que le suivi métrologique surveille par des mesures répétées sur un étalon.

Le cas des contrôles par attribut

Quand le contrôle est un jugement — conforme ou non, aspect acceptable ou non — la même question se pose et se traite autrement : on fait examiner plusieurs fois les mêmes pièces par plusieurs contrôleurs, et on compare les verdicts entre eux et à une référence établie.

Les résultats sont souvent plus mauvais que ceux des mesures physiques, et ils surprennent : il n'est pas rare qu'un même contrôleur se contredise sur une pièce limite d'un jour à l'autre. C'est ce qui justifie les échantillons de référence physiques — la pièce qui montre la limite de l'acceptable vaut mieux que la phrase qui tente de la décrire.

La part de variation due à la mesure

%R&R = (variation de mesure / variation totale) × 100

Les repères d'usage : en dessous de 10 %, le système est jugé acceptable ; entre 10 et 30 %, acceptable selon l'enjeu et le coût d'une amélioration ; au-delà de 30 %, inutilisable pour décider. Ces seuils sont des conventions professionnelles, pas des valeurs normatives — ce qui compte est la décision qu'on veut prendre avec la mesure.

Les erreurs fréquentes

Faire l'étude sur des pièces trop semblables. La part de mesure se compare à la variation totale : sur dix pièces quasi identiques, cette variation est minuscule et le résultat sera catastrophique quel que soit l'instrument. Les pièces doivent couvrir la plage réellement rencontrée.

Laisser les opérateurs voir la valeur précédente, ou mesurer les pièces dans l'ordre. La reproductibilité mesurée devient alors la capacité à se souvenir, et le système paraît bien meilleur qu'il ne l'est.

Considérer qu'un instrument étalonné est validé. L'étalonnage traite la justesse, pas la dispersion ni les écarts entre opérateurs — un instrument parfaitement étalonné peut être inutilisable en R&R.

Sur le terrain — Mécanique de précision

Une caractéristique jugée instable depuis des mois a fait l'objet d'une étude R&R : la mesure représentait 42 % de la variation totale. Le procédé était en réalité régulier ; c'est le mode de bridage de la pièce pendant le contrôle qui variait. Aucune des actions engagées sur la machine n'aurait pu aboutir.

Questions fréquentes

Quand faut-il faire une étude R&R ?

Avant toute collecte de données destinée à une décision : début de la phase de mesure d'un projet, mise en service d'un moyen de contrôle, ou dès qu'un procédé paraît instable sans cause identifiée. C'est la première chose à vérifier quand les données ne racontent rien de cohérent.

Combien de pièces et d’opérateurs ?

L'usage le plus répandu retient dix pièces, trois opérateurs et trois répétitions, soit quatre-vingt-dix mesures. On peut descendre à deux opérateurs et deux répétitions quand la disponibilité l'impose, en acceptant une estimation moins précise. Ce qui ne se négocie pas est la représentativité des pièces.

Que faire si le %R&R est mauvais ?

Regarder d'abord la décomposition : une répétabilité mauvaise désigne l'instrument ou le montage, une reproductibilité mauvaise désigne la méthode et la formation. La seconde se corrige souvent sans investissement — une procédure précise et une demi-journée de formation suffisent fréquemment.

Cela s’applique-t-il aux données administratives ?

Oui, et c'est rarement fait. Deux personnes qui codent la même réclamation, deux façons de dater le début d'un dossier, deux interprétations d'un motif de rejet : la variation de « mesure » y est souvent énorme, et elle explique une bonne part des indicateurs incohérents.

Voir aussi

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