Statistique

Capabilité (Cp, Cpk, Pp, Ppk)

En anglais : Process capability

Les indices de capabilité comparent la dispersion d’un processus à l’intervalle de tolérance : Cp mesure ce dont le processus serait capable s’il était centré, Cpk ce dont il est capable tel qu’il est.

Ce que c’est

Un processus peut être régulier et produire quand même hors tolérance, s’il est décentré. C’est toute la différence entre les deux indices : Cp ne regarde que la dispersion, Cpk tient compte du décentrage. Un Cp élevé accompagné d’un Cpk faible est le signal d’un réglage à corriger — bonne nouvelle, c’est le cas le plus facile à traiter.

Le second couple, Pp et Ppk, se calcule de la même façon mais avec l’écart-type global de l’ensemble des données, alors que Cp et Cpk utilisent la dispersion à l’intérieur des sous-groupes. L’écart entre les deux familles mesure ce que le processus dérive entre les prélèvements. Quand Cpk est bon et Ppk médiocre, le processus est capable à court terme et instable dans la durée.

En français, l’usage industriel dit « capabilité » ; le vocabulaire normatif retient « aptitude ». Les deux désignent la même chose, et il vaut mieux connaître les deux avant un audit.

À quoi ça sert, en production

Un indice de capabilité répond à une question de décision : ce processus peut-il tenir cette tolérance en série, ou faut-il trier ? Un contrôle unitaire à 100 % coûte cher et laisse passer des défauts ; savoir à l’avance qu’un processus ne tiendra pas évite de découvrir le problème en réclamation client.

Trois moments où le calcul est utile. À la qualification d’un moyen, avant le lancement en série. À la définition du plan de surveillance : une caractéristique largement capable justifie un contrôle allégé, une caractéristique tout juste capable impose une carte de contrôle. Au dialogue avec le donneur d’ordre, où l’indice sert de langage commun — d’où sa présence au contrat bien plus fréquente que dans une norme.

L’indice porte aussi une information que le taux de rebut ne donne pas : il est prédictif. Un taux de rebut décrit ce qui est arrivé ; une capabilité calculée sur un processus stable dit ce que produiront les pièces suivantes. C’est pourquoi la condition de stabilité n’est pas une formalité.

Enfin, l’écart entre les indices oriente l’action. Cp faible : de la dispersion, donc un travail sur le procédé. Cp bon et Cpk faible : un décentrage, donc un réglage. Cpk bon et Ppk faible : une dérive, donc un problème de stabilité. Trois diagnostics, trois équipes.

Un alésage, chiffre par chiffre

Cote à tenir : 12,00 mm à ± 0,05 mm. La limite inférieure est donc à 11,95, la supérieure à 12,05, et l’intervalle de tolérance vaut 0,10 mm. On prélève vingt-cinq sous-groupes de cinq pièces au fil de la production.

L’écart-type calculé à l’intérieur des sous-groupes ressort à 0,010 mm. Cp = 0,10 / (6 × 0,010) = 1,67. La machine est largement assez régulière pour la tolérance demandée : à elle seule, cette valeur ferait conclure que tout va bien.

La moyenne, elle, s’établit à 12,022 mm. Le Cpk retient le côté le plus défavorable : du côté supérieur, (12,05 − 12,022) / (3 × 0,010) = 0,93 ; du côté inférieur, (12,022 − 11,95) / (3 × 0,010) = 2,40. Cpk = 0,93. L’écart entre 1,67 et 0,93 n’est pas de la dispersion, c’est un décentrage de 22 microns — près du quart de la tolérance, consommé sans rien produire d’utile.

Traduit en pièces, le décentrage se voit mieux. La limite supérieure est à 2,8 écarts-types de la moyenne : de l’ordre de 2 600 pièces par million au-delà, en régime court terme. Recentrer sur 12,000 porte les deux limites à 5 écarts-types, fait tomber ce chiffre sous la pièce par million et ramène le Cpk sur le Cp, à 1,67. Le gain tient dans une correction d’offset.

Reste la seconde famille. L’écart-type calculé sur l’ensemble des données vaut 0,016 mm et non 0,010. Pp = 1,04 et Ppk = 0,028 / (3 × 0,016) = 0,58. L’écart entre 0,93 et 0,58 mesure ce que le processus dérive entre deux prélèvements : régulier à un instant donné, il se promène sur la durée.

L’ordre de traitement se lit directement dans ces quatre nombres : stabiliser d’abord la dérive qui creuse l’écart entre 0,010 et 0,016, recentrer ensuite, ne conclure sur la capabilité qu’après. Faire l’inverse revient à régler une machine qui bougera de nouveau la semaine suivante.

Calcul

Cp = (LST − LSI) / 6σ

Cpk = min[ (LST − μ) / 3σ ; (μ − LSI) / 3σ ]

LST et LSI : limites supérieure et inférieure de tolérance · μ : moyenne du processus · σ : écart-type intra-sous-groupe pour Cp/Cpk, global pour Pp/Ppk. Les seuils couramment exigés dans l’industrie sont de l’ordre de 1,33, et davantage sur les caractéristiques critiques — ce sont des usages contractuels, pas des exigences normatives.

Les erreurs fréquentes

Calculer une capabilité sur un processus qui n’est pas sous contrôle statistique. L’indice n’a alors aucune valeur prédictive : il décrit un passé qui ne se reproduira pas. L’ordre est toujours le même — d’abord la stabilité, vérifiée sur une carte de contrôle, ensuite seulement la capabilité. Et avant tout cela, vérifier le système de mesure, faute de quoi on mesure la dispersion de son propre moyen de contrôle.

Annoncer un Cpk sans dire sur combien de pièces il a été calculé, ni comment elles ont été prélevées. Trente pièces consécutives sorties dans la même heure ne renseignent que sur cette heure-là. Une estimation sans son effectif ni son plan de prélèvement n’est pas interprétable.

Traiter un Cpk insuffisant en élargissant la tolérance. C’est imparable et cela ne change rien à la pièce : ce qui était hors tolérance hier est identique aujourd’hui, on a seulement décidé de l’accepter. La démarche est légitime si la tolérance était trop serrée au regard du besoin fonctionnel — encore faut-il le démontrer et le faire valider.

Sur le terrain — Usinage

Sur une cote critique, le Cp était largement suffisant et le Cpk sous le seuil client. Le processus n’était pas dispersé, il était décentré d’un quart de tolérance depuis un changement d’outil. La correction a pris une matinée ; la démonstration que le problème n’était pas la machine a pris trois semaines.

Les autres outils illustrés par ce métier : mécanique, usinage et traitement.

Articles qui en parlent

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre Cp et Cpk ?

Cp compare la largeur de la tolérance à la dispersion du processus, sans regarder où celui-ci est centré : c’est ce dont le processus serait capable s’il était parfaitement centré. Cpk tient compte du décentrage en retenant la limite la plus proche de la moyenne. Cpk est donc toujours inférieur ou égal à Cp, et l’écart entre les deux mesure exactement le décentrage. Quand les deux sont égaux, le processus est centré.

Quelle est la différence entre Cpk et Ppk ?

La formule est la même ; c’est l’écart-type qui change. Cp et Cpk utilisent la dispersion calculée à l’intérieur des sous-groupes, qui reflète le comportement court terme. Pp et Ppk utilisent l’écart-type global de toutes les données, qui intègre en plus la dérive survenue entre les prélèvements. Un Cpk bon accompagné d’un Ppk faible décrit un processus capable instant par instant, mais instable dans la durée.

Pourquoi exige-t-on un Cpk supérieur à 1,33 ?

Parce que 1,33 place les limites de tolérance à quatre écarts-types de la moyenne, ce qui laisse une marge à la dérive inévitable d’un procédé réel. En dessous, le moindre écart fait sortir des pièces. C’est un usage industriel répandu et fréquemment inscrit au contrat, souvent porté à 1,67 sur les caractéristiques critiques — pas une exigence normative : lisez le cahier des charges plutôt que de supposer.

Faire le calcul

Pour saisir vos tolérances et vos relevés et obtenir les quatre indices ainsi que le niveau sigma correspondant, ouvrez le calculateur Cpk / Ppk, sur le site de Kernel Ops, l’éditeur de beltup.

Terme normalisé

ISO 22514 — Méthodes statistiques dans la gestion de processus : aptitude et performance

La définition faisant foi figure dans cette norme. La présente fiche est une explication rédigée par nos soins : elle n’en reproduit pas le texte et ne s’y substitue pas.

Voir aussi

S’entraîner sur ce thème

Le parcours Six Sigma Green Belt comporte des questions sur ce sujet. Il fait partie de l’accès complet.

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