Méthode
Les cinq principes du Lean
En anglais : Five Lean principles
Les cinq principes du Lean forment la trame d'une transformation : ils disent par quel bout la prendre et dans quel ordre avancer, chaque étape rendant la suivante réalisable.
Les cinq, dans leur ordre
Définir la valeur. Elle s'énonce depuis le client, pour un produit ou un service donné. Ce premier principe est le plus souvent expédié, alors qu'il conditionne les quatre autres : un flux parfaitement fluide qui délivre ce dont personne ne veut reste un gaspillage complet.
Identifier la chaîne de valeur. On décrit l'ensemble des activités qui concourent à cette valeur, de bout en bout, y compris celles qui appartiennent à d'autres services ou à des partenaires. C'est le principe qui impose de regarder au-delà de son propre périmètre.
Établir le flux. On fait s'écouler le travail sans arrêt ni retour en arrière, ce qui suppose de traiter les causes qui l'interrompent plutôt que de les contourner par des stocks.
Tirer. Rien ne se produit tant que l'aval n'a pas consommé. Le rythme cesse d'être donné par une prévision et devient celui de la demande réelle.
Viser la perfection. Le cycle recommence, chaque amélioration révélant l'obstacle suivant. C'est moins un objectif atteignable qu'une manière de dire qu'il n'y a pas d'état final.
Pourquoi l’ordre n’est pas décoratif
Chaque principe rend le suivant réalisable. On ne peut pas décrire une chaîne de valeur sans avoir dit de quelle valeur il s'agit ; on ne peut pas tirer un flux qui s'interrompt sans cesse. Prendre les principes dans le désordre produit des chantiers qui échouent pour des raisons qu'on impute ensuite au Lean lui-même.
L'erreur la plus commune est de commencer par le quatrième — installer un flux tiré sur un processus instable. Le dispositif révèle alors immédiatement toutes les irrégularités, l'atelier se bloque, et l'on conclut que la méthode ne convient pas à cette activité.
La progression demande donc de la patience sur les deux premiers principes, qui ne produisent aucun résultat visible et occupent pourtant une part importante du temps d'un premier chantier.
Ce qu’ils ne disent pas
Ils ne constituent pas une méthode de résolution de problèmes : ils ordonnent une démarche, sans dire comment analyser une cause ni comment prouver un effet. C'est pourquoi ils cohabitent avec une démarche structurée plutôt que de la remplacer.
Ils ne disent rien non plus des personnes, alors que c'est là que la plupart des transformations échouent. Le respect des équipes et le développement de leurs compétences ne figurent pas dans les cinq, et il faut aller les chercher ailleurs dans le corpus Lean.
Ils restent enfin muets sur la variabilité, qui est le terrain du Six Sigma. Un flux peut être parfaitement organisé et produire des résultats dispersés — les deux approches se complètent précisément parce qu'elles ne regardent pas la même chose.
Les erreurs fréquentes
Les réciter comme une culture générale sans les appliquer à un périmètre précis. Les cinq principes n'ont de sens que rapportés à un produit ou un service nommé, avec son client.
Sauter la définition de la valeur parce qu'elle paraît évidente. C'est l'étape où l'on découvre que deux services du même processus ne servent pas le même client, et cette découverte change généralement le projet.
Prendre « viser la perfection » pour une injonction à l'exhaustivité. Le principe décrit un cycle qui recommence, pas un chantier qui ne se termine jamais.
Sur le terrain — Édition de logiciel
Une équipe avait installé un flux tiré sur ses demandes clients, avec des limites par colonne, sans avoir décrit la chaîne complète. Les blocages venaient d'une validation juridique située hors de son périmètre et invisible sur son tableau. Le dispositif fonctionnait parfaitement sur les deux tiers du parcours qu'il couvrait, et le délai total n'avait pas bougé.
Questions fréquentes
Faut-il suivre les cinq principes dans l’ordre ?
Oui pour un premier déploiement, parce que chacun rend le suivant possible. En revanche, une organisation déjà avancée les parcourt en boucle plutôt qu'en ligne : elle revient régulièrement sur la définition de la valeur, qui évolue avec les attentes du client, et redécrit sa chaîne quand celle-ci a changé.
Ces principes s’appliquent-ils aux services ?
Entièrement, à condition de traduire le vocabulaire : la chaîne de valeur y est un parcours de dossier, le flux s'y interrompt sur des validations plutôt que sur des pannes, et le stock s'y appelle une file d'attente. Les gains y sont souvent plus importants qu'en production, parce que ces interruptions n'y sont mesurées par personne.
Quelle différence entre les cinq principes et le DMAIC ?
Les cinq principes ordonnent une transformation d'ensemble et disent par quel bout la prendre ; le DMAIC structure la résolution d'un problème précis, avec ses jalons et ses preuves. On peut mener plusieurs projets DMAIC à l'intérieur d'une démarche guidée par les cinq principes — ils opèrent à deux échelles différentes et ne se substituent pas l'un à l'autre.
Par où commencer concrètement ?
Par un périmètre restreint et un client identifiable : une famille de produits, un type de dossier. Décrire sa chaîne de valeur de bout en bout prend quelques jours et produit presque toujours deux ou trois évidences que personne n'avait vues, faute d'avoir jamais regardé le parcours entier plutôt que sa propre étape.
Voir aussi
S'entraîner sur ce thème
Le parcours Découverte Lean comporte des questions sur ce sujet, et il est accessible gratuitement.
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