Mesure et indicateurs

CTQ — caractéristique critique pour la qualité

En anglais : Critical to quality (CTQ)

Une CTQ est la traduction d'une attente client en caractéristique mesurable, assortie d'une cible et de limites au-delà desquelles le client se déclare insatisfait.

Traduire une attente en grandeur

Une attente client est rarement mesurable telle qu'elle s'exprime. « Une livraison fiable » ne se relève pas ; « le pourcentage de commandes livrées à la date annoncée » se relève tous les jours. Passer de la première formulation à la seconde est tout le travail que recouvre le sigle CTQ.

Une caractéristique complète porte trois éléments : la grandeur mesurée, la cible visée, et la limite au-delà de laquelle le client considère que ce n'est plus acceptable. Sans limite, l'indicateur ne permet aucun jugement — on constate une valeur sans savoir si elle est bonne.

La limite vient du client, pas de la capacité actuelle du processus. C'est l'inversion la plus fréquente : on relève ce que le processus sait faire aujourd'hui et on en fait la cible, ce qui garantit un indicateur toujours au vert et un client toujours mécontent.

De l’attente au relevé

La descente se fait par étapes. Une attente générale se décompose en quelques exigences plus précises, dont chacune donne une ou plusieurs caractéristiques mesurables. « Un service réactif » peut ainsi se décomposer en délai de première réponse, en délai de résolution, et en nombre de contacts nécessaires — trois grandeurs distinctes qu'un seul indicateur aurait confondues.

À chaque niveau, la question à poser est la même : comment saurais-je, en regardant une mesure, que cette exigence est tenue ? Tant que la réponse reste qualitative, la descente n'est pas terminée.

L'arbre s'arrête quand chaque branche porte une grandeur que quelqu'un peut relever sans interprétation. Une caractéristique dont deux personnes tireraient deux valeurs différentes n'est pas encore une caractéristique : c'est une appréciation, et elle demande soit une définition plus précise, soit un système de mesure à valider.

Combien en retenir

Peu. Un projet qui en suit une quinzaine ne les pilote pas : il les publie. Trois à cinq caractéristiques réellement suivies produisent plus d'effet qu'un tableau de bord exhaustif que personne ne lit en entier.

Le tri se fait sur deux critères : l'importance de l'attente pour le client, et la marge d'amélioration réelle. Une caractéristique importante mais déjà tenue à un niveau que le client ne remarque plus n'est pas un sujet de projet — c'est un acquis à ne pas dégrader, ce qui relève de la surveillance et non de l'amélioration.

Les caractéristiques retenues deviennent les indicateurs du projet, et ce sont elles qu'on relèvera avant et après. Ce choix engage donc la démonstration du résultat : une amélioration mesurée sur une grandeur que le client ne perçoit pas ne convaincra personne, même si les chiffres sont exacts.

Les erreurs fréquentes

Fixer la limite à partir de la performance actuelle. L'indicateur reste vert en permanence et le projet démontre qu'il n'y a rien à faire, alors que le client s'exprimait très clairement sur le sujet.

S'arrêter à une formulation encore qualitative. « Bonne qualité de dossier » n'est pas une caractéristique tant qu'on n'a pas dit ce qu'on compte : taux de dossiers complets à la première transmission, nombre d'informations manquantes par dossier, ou autre chose — mais quelque chose de relevable.

En retenir trop. Au-delà de quelques caractéristiques, plus aucune n'est réellement suivie, et le premier arbitrage difficile se règle en choisissant celle qui arrange.

Sur le terrain — Prestation informatique

L'engagement contractuel portait sur un délai de prise en charge, tenu à plus de 95 %. Les clients restaient mécontents. La décomposition de leur attente a montré que ce qui comptait pour eux n'était pas la prise en charge mais la remise en service, jamais mesurée : un ticket pris en charge en dix minutes puis rouvert trois fois comptait comme un succès.

Questions fréquentes

Quelle différence entre la voix du client et une CTQ ?

La voix du client est ce qui a été dit, dans les mots de celui qui l'a dit. La CTQ est ce qu'on en a tiré : une grandeur relevable, avec une cible et une limite. L'une est un matériau, l'autre un produit de travail — et sauter de la première à la seconde sans écrire l'étape intermédiaire est la cause la plus commune d'indicateurs qui ne parlent à personne.

Combien de CTQ retenir pour un projet ?

Trois à cinq suffisent dans la grande majorité des cas, et une seule est parfaitement acceptable si elle porte l'essentiel de l'enjeu. Le nombre n'est pas un signe de sérieux : un projet qui en affiche quinze a généralement évité de choisir, et son suivi se réduira de lui-même aux deux ou trois que quelqu'un regarde vraiment.

Comment définir une CTQ sur un besoin qualitatif ?

En cherchant la trace observable du besoin plutôt qu'en tentant de mesurer le besoin lui-même. « Se sentir bien accueilli » ne se mesure pas, mais le temps d'attente avant le premier contact, la proportion de demandes traitées sans être redirigées et le nombre de rappels nécessaires se relèvent tous les trois, et leur évolution suit celle du ressenti.

Les limites d’une CTQ sont-elles les mêmes que les tolérances de fabrication ?

Pas nécessairement, et les confondre est courant. Les tolérances de fabrication sont souvent héritées d'un plan ancien ou d'une capacité machine, tandis que les limites d'une CTQ viennent de ce que le client accepte. Quand les deux diffèrent, l'écart est en lui-même une information : soit on produit une précision que personne ne demande, soit on livre hors de ce qui convient.

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