Mesure et indicateurs

MTBF et MTTR

En anglais : MTBF and MTTR

Le MTBF est le temps moyen entre deux défaillances, le MTTR le temps moyen pour remettre en service. Le premier mesure la fiabilité, le second la capacité à réparer — et les confondre conduit à traiter le mauvais problème.

Deux grandeurs, deux leviers

Le temps moyen entre défaillances se calcule en divisant le temps de fonctionnement cumulé par le nombre de défaillances survenues sur la période. Il augmente quand l'équipement tombe moins souvent en panne, ce qui relève de la conception, de l'entretien et des conditions d'exploitation.

Le temps moyen de remise en service se calcule en divisant le temps d'immobilisation cumulé par ce même nombre de défaillances. Il diminue quand on répare plus vite, ce qui relève de l'organisation de la maintenance, des pièces disponibles et de la facilité d'accès aux organes.

Les deux se combinent en une disponibilité, mais ils n'appellent pas les mêmes actions. Une machine qui tombe rarement en panne pour de longues durées et une machine qui s'arrête souvent brièvement peuvent afficher la même disponibilité tout en posant des problèmes opposés.

Les définitions qui font diverger les chiffres

Tout dépend de ce qu'on appelle une défaillance. Les micro-arrêts, les réglages, les changements de série sont comptés dans certains ateliers et pas dans d'autres — et deux sites du même groupe deviennent alors incomparables sans que personne s'en aperçoive.

Tout dépend aussi des bornes du temps de réparation. Compte-t-on à partir de la panne ou de l'arrivée du technicien ? Jusqu'au redémarrage ou jusqu'au retour à la cadence nominale ? Chaque choix est défendable, et un écart de définition produit des variations plus grandes que toutes les améliorations d'une année.

La règle pratique est donc d'écrire les définitions avant de publier les indicateurs, et de ne comparer que des périodes où elles n'ont pas changé. Une amélioration spectaculaire coïncide souvent avec une redéfinition silencieuse.

Ce que la moyenne masque

Le temps de remise en service est presque toujours très dissymétrique : beaucoup d'interventions courtes et quelques interventions très longues. Sa moyenne ne décrit alors aucune intervention réelle, et c'est la queue de distribution qui désorganise la production.

La liste des défaillances, elle, est plus instructive que sa moyenne. Classées par cause et par fréquence, les défaillances désignent immédiatement les deux ou trois sujets qui pèsent — ce qu'un indicateur unique, aussi bien calculé soit-il, ne fera jamais.

Enfin, un temps moyen entre défaillances calculé sur une période trop courte est instable : deux pannes de plus ou de moins le font varier fortement. C'est un indicateur de tendance annuelle, pas un indicateur de pilotage hebdomadaire.

Les deux temps moyens, et la disponibilité

MTBF = temps de fonctionnement cumulé ÷ nombre de défaillances

MTTR = temps d’immobilisation cumulé ÷ nombre de défaillances

disponibilité = MTBF ÷ (MTBF + MTTR)

La disponibilité obtenue ainsi ne tient compte que des défaillances : elle ignore les arrêts programmés, les changements de série et les baisses de cadence. C'est pourquoi elle ne se compare pas directement au taux de disponibilité employé dans le calcul du rendement synthétique, dont le périmètre est plus large.

Les erreurs fréquentes

Comparer des chiffres issus de définitions différentes. C'est le défaut dominant de ces deux indicateurs, et il survit à toutes les réorganisations parce que personne ne relit les définitions.

Piloter la seule disponibilité. Elle mélange deux problèmes distincts et laisse choisir le plus facile à traiter — presque toujours la vitesse de réparation, alors que la fréquence des pannes est ce qui coûte.

Utiliser le temps moyen entre défaillances comme indicateur hebdomadaire. Sur une semaine, il varie surtout au gré du hasard et fait réagir à du bruit.

Sur le terrain — Papeterie

La disponibilité d'une ligne s'était améliorée de plusieurs points en un semestre, entièrement grâce à une baisse du temps de réparation obtenue par un stock de pièces avancé. Le nombre de pannes, lui, avait augmenté. L'indicateur de synthèse progressait pendant que l'équipement se dégradait, et personne ne regardait les deux grandeurs séparément.

Questions fréquentes

Quelle différence entre MTBF et MTTF ?

Le temps moyen entre défaillances s'applique à un équipement réparable, où l'on compte les intervalles entre pannes successives. Le temps moyen jusqu'à défaillance s'applique à un composant qu'on remplace au lieu de le réparer : il n'y a alors qu'une seule durée de vie par exemplaire. La confusion est fréquente et rend les comparaisons entre sources incohérentes.

Faut-il chercher à augmenter le MTBF ou à réduire le MTTR ?

Réduire le temps de réparation donne des résultats plus rapides et coûte moins cher, ce qui explique qu'on commence presque toujours par là. Mais seule l'augmentation du temps entre défaillances traite la cause : un équipement qui tombe en panne aussi souvent qu'avant continue de désorganiser la production, même réparé vite. Les deux se mènent, dans cet ordre de priorité.

Sur quelle période calculer ces indicateurs ?

Sur une période contenant assez de défaillances pour que la moyenne signifie quelque chose — au moins une dizaine, ce qui représente souvent plusieurs mois sur un équipement fiable. Calculés sur une semaine, ils varient au gré du hasard et provoquent des réactions à des variations qui n'en sont pas.

Ces indicateurs s’appliquent-ils hors de la production ?

Oui, et ils sont couramment employés pour les services informatiques et les équipements techniques d'un bâtiment. Le vocabulaire change — incident plutôt que panne, rétablissement plutôt que réparation — mais les deux grandeurs et leurs pièges restent identiques, à commencer par la sensibilité des chiffres au choix des bornes de mesure.

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